Chers frères et sœurs en Christ,
Par où commencer pour célébrer cette fête si riche spirituellement : la Théophanie ? Mais que veut dire exactement le mot lui-même ? Théophanie.
Il vient du grec ancien théos, qui veut dire « dieu », et phaïnesthaï « se montrer » ; c’est une manifestation de Dieu.
En effet, le Christ, depuis sa naissance, a mené une vie tellement discrète, que l’on pourrait presque dire secrète, excepté sa manifestation au Temple de Jérusalem, telle que nous la rapporte le saint évangéliste Luc. Il n’a que 12 ans et face aux docteurs, il fait preuve d’une intelligence et d’une sagesse qui stupéfient tous les auditeurs. Mais, cet épisode mis à part, rien de manifesté. 30 ans de mûrissement de la nature humaine du Christ afin qu’elle soit apte à exprimer totalement la divinité qu’Il est pleinement depuis sa naissance du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. Et aujourd’hui, Il apparaît ! Dans quel contexte ? Dans celui de tous ceux qui, attirés par la prédication de Jean, viennent se faire baptiser. Ce n’est pas encore le baptême chrétien. Voici ce qu’en dit lui-même Jean le baptiste : pour moi, je vous baptise dans l’eau pour le repentir, mais celui qui vient après moi est plus fort que moi, et je ne mérite pas de porter ses sandales ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Informés par le saint évangéliste Luc, voici l’enseignement du baptiste : Faites donc des fruits dignes du repentir (…)les foules l’interrogeaient en disant : « que nous faut-il donc faire ? » Répondant, il leur disait : « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a des aliments fasse de même. » Vinrent aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent : « Maître, que nous faut-il faire ? »Il leur dit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est prescrit. » Des soldats aussi l’interrogeaient, en disant : « Et nous, que nous faut-il faire ? » Et il leur dit : « Ne faites ni violence ni tort à personne, et contentez-vous de votre solde. » Cet enseignement de Jean reste valable pour nous chrétiens et nous devrions demander plus souvent : Et nous, que nous faut-il faire ? La vie spirituelle ne dispense pas de l’exercice des vertus de base de la vie humaine en société.
Ayant pris connaissance de ce qui se passe alors sur les bords du Jourdain, nous apprécions mieux ce court dialogue entre Jean et le Christ : Jean lui disant c’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi et c’est toi qui vient vers moi ! Mais Jésus lui répond cette phrase un peu énigmatique : Laisse faire maintenant : c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice. Car ce qui est juste au regard de Dieu, c’est que l’œuvre publique du Christ commence par un acte d’humilité et de compassion. Rien de grand ne peut se faire si ce n’est fondé sur l’humilité…cela est vrai pour Dieu aussi ! Dans la Création elle-même, Dieu consent à renoncer à l’omniprésence de sa Puissance pour que le monde créé puisse exister. C’est la kénose dont parlent nos pères grecs, eux-mêmes inspirés par la notion judaïque de Tsimtsoum. Le Christ se fait un avec les pécheurs venus se faire baptiser, le Christ se manifeste comme un pécheur venant parmi les pécheurs, montrant par là qu’il a pris notre péché : Il a pris sur lui le péché du monde. Il n’est point question pour nous d’assumer le péché du monde, tel que Notre-Seigneur l’a fait, mais quand nous prions, faisons-le avec la foi que notre prière n’est vraiment accomplie que si nous la portons en solidarité avec le péché de tous ; nous sommes unis les uns aux autres et notre péché personnel ou notre vertu personnelle communiquent avec tous ceux qui peuplent ce monde. Sans cela notre prière rejoindrait vite celle du Pharisien : Seigneur, je te rends grâce que je ne suis pas comme les autres hommes !
Cette scène du baptême du Christ regorge de figures liées à l’Ancien Testament : nous en avons entendu les principales dans les lectures que vous venez d’entendre dans l’office de vêpres. les recenser toutes et surtout les approfondir sont plutôt du ressort d’une étude biblique que d’une homélie. J’en retiendrai une, cependant : les hébreux ayant passé 40 années dans le désert arrivent enfin à la lisière de la Terre promise…mais reste à franchir avec l’arche d’alliance le fleuve du Jourdain ! Rappelons que l’arche d’alliance contient les tables de la Loi. Ceux qui portent l’arche s’avancent dans le fleuve et les eaux se retirent en amont et en aval et laissent un passage à pied sec, renouvellement du passage de la Mer rouge quand le peuple hébreu se libère de la tyrannie du Pharaon. Le Christ est aujourd’hui la nouvelle arche d’alliance, en son être il réunit Dieu et l’homme et l’enseignement qu’il proclame est notre nouvelle Loi. Notre constitution, ce sont les Béatitudes ! chantées à chacune de nos liturgies.
Point ultime et sur-éminent de cette scène, propre au Nouveau Testament : la révélation de la Divine Trinité. La croyance en un Dieu à la fois trine et un, tient à l’essence même de notre identité chrétienne. Cela, que les chrétiens ne cesseront jamais d’approfondir, nous est révélé aujourd’hui. La voix du Père dit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Jésus-Christ, Fils de Dieu, seul engendre du Père avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré et non créé, consubstantiel au Père, cela aussi demandera des siècles de développement, d’approfondissement. En fait, tout le « travail » de la théologie chrétienne a sa source dans ce qui se passe aujourd’hui sous nos yeux. Ne soyons pas théologiens à l’heure présente ; soyons, pour l’instant, simplement réceptifs à tout ce que ces textes et ces images soulèvent en nous, nous comblent intuitivement de lumière incréée. Viendra le jour où nous entendrons nous-aussi : Celui-ci ou celle-ci est mon fils ou ma fille bien-aimée. Ce que le Christ est par nature, nous pouvons l’être par Grâce. Nous sommes tous appelés à la filiation divine car ainsi que le dit le Prologue de l’évangile selon Saint Jean : Le Verbe est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu…
Accueillons toujours davantage la Parole de Dieu et le Christ Lui-même dans notre Jourdain intérieur, là où la confession de nos péchés nous ouvre à la révélation de la Vie trinitaire. Descendu avec Lui dans les eaux profondes pour mourir au vieil homme, ressortons avec Lui qui nous offre la résurrection.
Gloire à la sainte, divine, consubstantielle et indivisible Trinité, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.
Amen
Theophanie homelie (15.32 Ko)