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Le riche insensé - Luc 12, 16-21

Le 18/12/2025

Dans Actualités et homélies

La parabole du riche insensé

Luc 12, 16-21

 

La parabole du riche insensé

Luc 12, 16-21

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,

            Frères et sœurs, la parabole évangélique qui a été proclamée aujourd’hui est une leçon de comportement chrétien et nous concerne tous, même si nous ne nous identifions pas à « un homme riche dont la terre avait bien rapporté ». Mais peut-être est-il bon de situer dans quel contexte cet enseignement du Christ est donné. Pour cela, reportons-nous aux 3 versets précédant ceux de la parabole : du milieu  de la foule, quelqu’un dit à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Jésus lui dit : « Qui m’a établi pour être votre juge et faire vos partages ? » Et il leur dit : « Attention ! Gardez-vous de toute avidité ; ce n’est pas du fait qu’un homme est riche qu’il a sa vie garantie par ses biens. » Et Jésus enchaîne aussitôt avec la parabole du riche insensé. Un vrai maître spirituel a souvent cette approche : il ne répond pas directement à une question qui lui est posée, mais dit quelque chose qui déplace notre question, la renvoie à un positionnement différent, plus juste. C’est une réalité que le Christ n’est pas venu pour nous dicter des lois économiques de juste répartition des biens ; c’est à nous, humains, qu’incombe cette responsabilité, mais c’est à nous, chrétiens, que revient le rôle prophétique de rappeler les vérités évangéliques qui devraient toujours sous-tendre nos lois civiles. Et particulièrement cette parole abrupte et définitive du Christ : On ne peut servir 2 maîtres, Dieu et l’argent.

            Les richesses dont Dieu nous a comblés ne se mesurent pas nécessairement en termes économiques, en possessions matérielles ou financières. Nos capacités physiques, nos capacités intellectuelles, nos capacités de relation, d’organisation, toutes les facultés qui nous ont été données ainsi que les circonstances qui nous ont permis de les cultiver, tout cela constitue une richesse qui nous a été confiée, dont nous sommes les gérants, ou pour reprendre un terme plus évangélique : les intendants. Les dons spirituels aussi, la facilité à la bienveillance, le don de la prière, le sens inné du discernement spirituel, le don de conseil, ces autres richesses que nous pouvons ou non posséder nous ont été attribuées pour qu’elles portent du fruit et cette fécondité ne peut advenir que par le partage, le don de soi, l’amour des autres.

            Dans la parabole qui nous a été lue nous voyons que l’homme riche a récolté plus que ses besoins, beaucoup plus même puisqu’il lui faut songer à bâtir d’autres greniers pour engranger l’abondance des récoltes. Voilà une figure qui peut nous sembler bien contemporaine…Engranger, thésauriser, amasser, capitaliser au lieu de partager, de donner, de nourrir des êtres qui souffrent de la faim. C’est une vie repliée sur elle-même ; c’est une vie bien pauvre, en fait, malgré la richesse matérielle. C’est vivre dans l’illusion que la satisfaction des besoins matériels sera source de bonheur. Reprenons les mots du riche de la parabole : Te voilà avec quantité de biens pour de longues années ; repose-toi, mange, bois, fais bombance. En soi, se reposer, boire, manger et parfois même faire un peu bombance n’a rien de mal. Mais asseoir notre bonheur sur ces jouissances, égoïstes de surcroît, nous amènera fatalement un jour ou l’autre, à la désillusion, à l’amertume des plaisirs vains. Il n’est point besoin d’être riche pour être exposé à ces pensées ; le fait même de les désirer ou d’y aspirer est une erreur spirituelle. Certes, se débattre dans des difficultés financières n’a jamais été spécialement propice à l’accomplissement d’une vie spirituelle mais ce n’est pas cela non plus qui nous empêche  d’être des humains de générosité, témoignant que servir Dieu, ce n’est pas seulement aller à l'église, mais c’est aussi être attentif  à notre frère, revêtir ceux qui ont froid, donner à boire à ceux qui ont soif, physiquement ou spirituellement, visiter ceux qui sont dans la solitude, qu’ils en soient responsables ou non. 

            Le Christ, notre divin maître, nous apprend à vivre dans la main de Dieu, dans le souci constant du partage fraternel qui, lui, est source d’une joie aux profondes racines. A l’inverse, le désir égoïste de possession, d’accumulation des biens est à la source de toutes les atrocités de par le monde. C’est une voie à proprement parler diabolique ! Par contre, prenons conscience de nos capacités qui, toutes, peuvent être mises au service de nos frères. J’ai pris l’initiative d’inviter Nathalie, une des femmes qui aident le peuple ukrainien, victime d’une guerre d’invasion, à venir nous parler à l’issue de notre liturgie et nous raconter le travail que ces personnes accomplissent. Cela, non seulement parce que leur base logistique est dans nos locaux de l’étage inférieur, mais aussi parce que leur action est rendue possible par la mise à disposition que font certains de leurs capacités. Et cela est exemplaire. Oui, frères et sœurs, nous sommes tous riches, riches de la vraie richesse, non pas une richesse précaire qui disparaît avec la mort, mais celle que ni les vers ni la rouille ne rongent, selon la parole de l’évangile, celle de vivre dans ce monde durement éprouvé, non pas repliés sur nous-mêmes et nos besoins, mais dans les liens d’une effective et joyeuse fraternité, celle des enfants d’un même Père, le Père céleste, « le Père de nous » comme nous l’avons vu dans notre dernière catéchèse. Et là, nous n’aurons pas amassé un trésor pour nous-mêmes, même si c’est un trésor de caractère spirituel, mais nous nous serons enrichis auprès de Dieu !

            A Dieu notre Père ainsi qu’à son Fils unique engendré et au très saint, bon et vivifiant Esprit soit toute gloire dans les siècles des siècles.

 

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