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Notes pour homélie sur la fille de Jaïre et la femme hémorroïsse

Le 18/12/2025

Dans Actualités et homélies

Homélie sur la fille de Jaïre et la femme hémorroïsse

Luc 8, 40-56

 

Homélie sur la fille de Jaïre et la femme hémorroïsse

Luc 8, 40-56

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,

            Non seulement nous écoutons aujourd’hui la péricope évangélique relatant  2 guérisons : celles de la fille de Jaïre et de la femme hémorroïsse mais à cette date du 9 novembre, nous faisons mémoire et nous honorons St Nectaire d’Egine, né sur terre en 1846 et né au ciel en 1920. St Nectaire fut ordonné prêtre puis consacré évêque de la Pentapole c’est-à-dire de la Cyrénaïque, l’ancien diocèse correspondant à la Libye supérieure. Il fut jalousé en raison de l’affection que lui portait le peuple, et cruellement et injustement calomnié au motif fallacieux qu’il chercherait à s’emparer du trône patriarcal. Sans résister, il quitte alors l'Égypte pour gagner l'Eubée puis Athènes où il demeure seul et pauvre, distribuant ses faibles ressources aux nécessiteux ; prédicateur de 1891 à 1894, il est finalement nommé directeur de l’École ecclésiastique Rizarios (el), séminaire pour la formation de futurs prêtres. Il fonde dans l'île d'Égine un monastère de moniales où il a été enterré.

            St Nectaire était un thaumaturge et ses nombreux miracles sont largement attestés. Saint Nectaire a été canonisé le 20 avril 1961 par le Patriarcat œcuménique mais la vénération du saint avait déjà commencé immédiatement après son trépas. Mais ce que je vais vous lire maintenant est tout à fait remarquable et exceptionnel. Le Patriarcat d’Alexandrie dont le clergé avait été tellement odieux avec St Nectaire publiait en 1998 le texte suivant : Nous réinstallons par la présente dans son rang ecclésiastique le Saint de notre siècle, Saint Nectaire, et lui accordons tout notre respect et nos hommages. Nous supplions Saint Nectaire de nous pardonner, nous les indignes, et nos prédécesseurs, nos frères sur le Trône d’Alexandrie, pour toute opposition que nous avons fait au Saint et pour tout ce que notre Père Saint Nectaire, l'Évêque de Pentapolis, a souffert en raison de nos faiblesses ou erreurs humaines.78 ans après sa mort, certes, mais ne dit-on pas qu’il vaut mieux tard que jamais…

            Nous avons souvent entendu au sein de notre paroisse la péricope évangélique qui a été lue ce matin. Elle est remarquable à plus d’un titre. Remarquons déjà que les récits des 2 guérisons miraculeuses s’emboîtent l’un l’autre, ce qui peut laisser penser, sans être trop téméraire, que le récit qui est « à l’intérieur » : la guérison de la femme hémorroïsse éclaire l’autre récit : la résurrection de la fille de Jaïre. Entre les 2 récits un lien : l’écoulement de sang chez les femmes et les règles juives qui y sont liées mais aussi d’une façon plus générale le passage de l’ancienne loi héritée de Moïse à la nouvelle alliance inaugurée par Jésus le Christ, notre  Messie. Je m’explique :

            L’écoulement de sang périodique chez les femmes qui est le signe même qu’elles sont aptes à procréer était chez les juifs un signe d’impureté. La femme était alors considérée comme niddah et, de ce fait, soumise à des lois très sévères régissant les relations physiques les plus anodines. D’où la proscription chez les juifs les plus pratiquants de simplement serrer la main d’une femme pour dire bonjour …car elle pourrait être niddah et donc transmettre son impureté. C’est en ayant cela à l’esprit que l’on peut comprendre tout l’aspect transgressif de la scène qui nous est décrite par Luc. Non seulement la femme hémorroïsse ne va pas être rejetée par Jésus mais elle va être guérie de cet écoulement de sang (qui dans son cas est pathologique) et Jésus va l’appeler ma fille ; et c’est une fille dont il s’agit aussi dans l’autre miracle…Jésus est venu remettre à leur place toutes ces règles, ces misvoth, qui ont pu avoir à une certaine époque valeur pédagogique mais qui n’ont plus lieu d’être dans la religion chrétienne. Trop de femmes encore, particulièrement chez les femmes roumaines craignent d’entrer dans une église ou, encore plus, de se présenter à la sainte communion, quand elles sont niddah (pour reprendre la terminologie juive). Que la liberté chrétienne a du mal à se faire un chemin au fond de nos consciences ! Toutefois, ce miracle effectué par le Christ offre à notre contemplation d’autres aspects également très importants, plus importants encore, même :

            Remarquons que la femme hémorroïsse s’approcha par derrière pour toucher la frange du vêtement du Christ. Cela peut nous rappeler les paroles de la Bible dans le Livre de l’Exode quand Moïse est sur le Mont Sinaï. Dieu lui parle en ces termes : Tu ne peux pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et demeurer en vie (…)Tu me verras de dos, mais ma face on ne peut pas la voir. Là aussi, la révélation chrétienne a tout changé : maintenant nous pouvons voir Dieu de face, c’est le visage du Christ. Car selon la parole du Christ que nous rapporte St Jean : Qui m’a vu a vu le Père (Jn 14, 9) Mais il y a encore un point plein d’enseignement dans cette scène si brève et si dense ! Cette interrogation étonnante de Jésus : qui m’a touché ? Lui qui connaît chacun de nous au plus intime, qui a pu dire à Nathanaël qu’il n’avait jamais encore rencontré : quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu (Jn 1, 48) demande qui l’a touché. Et la femme vient, se dévoile, se confesse, se prosterne ; d’un geste plein de foi (toucher le manteau) mais empreint d’une mentalité encore un peu magique, Jésus par sa question la fait accéder à une relation personnelle avec son Sauveur, elle devient sujet de sa guérison. Et c’est tout cela que le Christ va valoriser aux yeux de tous en lui disant : ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix.

            Abordons maintenant ce qui concerne une autre fille, la fille du chef de la Synagogue, Jaïre. Contraste très fort avec la scène précédente. Nous étions dans une scène de foule, le Christ, maintenant, requiert une certaine intimité. Il ne laisse entrer dans la chambre de la jeune adolescente que Pierre, Jean et Jacques ainsi que les parents, avec Lui-même et la jeune fille, 7 personnes en tout. Auparavant Jésus avait dit à Jaïre : Sois sans crainte, crois seulement et ta fille sera sauvée. Crois seulement, ces paroles devraient nous accompagner plus souvent dans notre vie. Si nous vivons dans la foi, l’action salvatrice du Christ peut tout transformer. A l’âge de 12 ans la fille de Jaïre va connaître incessamment si elle ne les a déjà connus, ses premiers écoulements de sang. Nous savons que c’est un bouleversement dans la vie d’une très jeune fille, souvent facteur d’une grande angoisse. De plus, la fille de Jaïre, fille de chef de Synagogue va connaître, à coup sûr, le statut de niddah dans sa plus extrême rigueur. Dans sa peur d’advenir, elle se réfugie dans une négation d’existence qui confine à une sorte de mort. Mais le Christ qui sonde les cœurs affirme souverainement : elle n’est pas morte, elle dort. C’est aussi une parole prophétique car depuis l’évènement inouï de la Résurrection, la mort n’est plus une chute vers l’anéantissement mais une Pâques, c’est-à-dire un passage, une naissance au ciel, comme nous le disons dans l’église orthodoxe.  Savez-vous que notre mot cimetière vient du mot grec koimêtêrion (« lieu pour dormir, dortoir »). Et lui prenant la main, Il la relève. Ce geste fait penser à celui du Christ dans les icônes de la Résurrection quand il fait se relever Adam et Eve. Toujours, Jésus, de diverses manières, fait résonner en nous cette parole biblique : J’ai mis devant toi la mort et la vie, choisis la vie !        

            Oui, une authentique vie de chrétien est un hymne à la vie. Souvenons-nous toujours de cette parole du Christ rapportée  par l’apôtre Jean : Je suis venu pour que les hommes aient la vie, qu’ils l’aient en abondance (Jn 10, 10). Oui, choisissons la Vie, celle que le Christ est venu nous donner.

            A Lui soit tout honneur, gloire et adoration dans les siècles des siècles.     AMEN

           

           

 

  • Exode 33, (18-) 23  
  • Conception chrétienne de la mort…

  • passer d’une religion quasi superstitieuse à une relation personnelle avec Dieu par le Christ

  • il nous faut toucher le Christ

  • La femme au flux de sang n’a normalement pas le droit de toucher un homme  et encore moins un rabbin étant dans un état d’impureté rituelle…comme d’habitude le Christ fait fi de ce formalisme religieux

  • Crois seulement dit Jésus au prêtre Jaïre

  • La femme et la fille sont liées dans ce Récit par ce nombre de 12 ans. La fille de Jaïre ne vient-elle pas de devenir nubile…

Pierre VII

ordonné prêtre puis consacré évêque de la Pentapole c’est-à-dire de la Cyrénaïque, l’ancien diocèse correspondant à la Libye supérieure (à cette époque, il y avait encore d'importantes populations helléniques dans l'Empire ottoman et en Égypte). Prédicateur et secrétaire patriarcal, il devient le représentant du Patriarche d'Alexandrie dans l’église Saint-Nicolas.

Jalousé en raison de l’affection que lui porte le peuple, et calomnié au motif fallacieux qu’il chercherait à s’emparer du trône patriarcal, il quitte l'Égypte sans résister pour gagner l'Eubée puis Athènes où il demeure seul et pauvre, distribuant ses faibles ressources aux nécessiteux ; prédicateur de 1891 à 1894, il est finalement nommé directeur de l’École ecclésiastique Rizarios (el), séminaire pour la formation de futurs prêtres fondé en 1841 par les frères d'orginie grecque, Manthos et Georgios Rizaris. Il fonde dans l'île d'Égine un monastère de moniales où il est enterré.

Canonisation et postérité

Monastère de la Sainte-Trinité à Égine.

Réputé thaumaturge[1], il est canonisé et est devenu l'un des saints les plus populaires de l'Église de Grèce. Il est aussi célèbre pour avoir composé des hymnes en l'honneur de la Vierge Marie, dont Agni Parthene : « Ô Vierge Pure ». Son culte est autorisé depuis 1961. Il est fêté le 9 novembre et le 3 septembre, jour de la translation de ses reliques.

En 1998, le saint Synode du Patriarcat orthodoxe d'Alexandrie prend une décision historique et vient à résipiscence au sujet de saint Nectaire :

« Alexandrie, 15 septembre 19

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